6) L'adolescence...
Petite, j'étais une fillette gaie, volubile et docile, d’ailleurs, j'en garde un bon souvenir, de mes jeunes années d’écolière. Au contraire, les années collège m'ont blessée profondément, tant dans la cours de récréation, qu'à la maison.
Je connus alors le racisme et la cruauté des enfants de ce pays. J'étais mal dans ma peau et c'est à cette période que mes parents décidèrent d'adopter un troisième enfant originaire du Brésil. L'équilibre familial était à nouveau remis en cause.
Ma mère devint alors très sévère dans notre éducation, « il ne faut jamais vous lâcher la bride » disait-elle. Elle en exigeait de plus en plus, j'avais du mal à le supporter.
A l'école, je rencontrais des difficultés, je restais très bonne élève, mais ce n'était jamais assez bien, alors que ma soeur brillait. A la maison, j'étais devenue une vraie petite bonne femme. Je n'avais droit ni aux goûters d’anniversaire, ni aux autres invitations de mes copines. Je me réfugiai alors dans un monde idéal de dessin, de musique et de rêves…
Petit à petit, je me murai dans mon mutisme et mon mal être. Un fossé d'incompréhensions se creusa alors entre maman et moi. Tout était prétexte à disputes et j'étouffais. Partir, mais pour aller où ? Je venais déjà de si loin…
Papa a été alors ma bouffée d'oxygène, calme, attentif, quoique pas très réactif lors des scènes entre sa femme et sa fille. Il ne parlait pas beaucoup, mais il m'écoutait, il me comprenait, il se dégageait de lui une aura rassurante. Je lui en voulais de ne pas prendre partie entre maman et moi, dans au moins ce qu'il lui paraîtrait juste à ses yeux. Néanmoins, avec du recul, comment aurait-il pu choisir ?
Le lycée et la fac n’arrangèrent rien, la situation empirait. Je me sentais moche, nulle, mal aimée et très seule.
Cependant, malgré une enfance gâchée, une adolescence inexistante, je savais au fond de moi que la vie m'attendait, c'était peut-être puéril, mais j'y croyais dur comme fer...