8) J'aurais tant voulu lui dire...
La naissance de ma fille apaisa un peu les tensions entre maman et moi. J’étais heureuse de pouponner mais je n’échappais pas au baby blues…
C’est alors que papa tomba gravement malade. Ce que nous prenions pour un vulgaire furoncle s’avéra être un mal plus sournois, plus profond et déjà trop étendu. Période noire où mon petit frère continuait ses 400 coups malgré la maladie de papa et où de nouvelles tensions se révélèrent entre ma mère et la compagne de mon frère aîné. Notre moral à tous était soumis à rude épreuve…
En juillet 2006, nous enterrions mon parrain et oncle dont la santé s’était rapidement dégradée depuis la mort de son épouse cinq ans plus tôt. Je n’étais pas réellement proche de lui mais j’étais triste de le voir nous quitter malade et si seul…
Papa subissait la chimio en silence, du moins en présence de ses enfants. Il était si maigre. Il se savait condamné, nous le savions tous, seulement nous espérions le garder parmi nous le plus longtemps possible. Je me rappelle… Il était assis dans son fauteuil, flottant dans un pyjama devenu bien trop grand pour lui, les yeux dans le vague, en train de méditer, à quoi d’ailleurs ? J’étais bouleversée de le voir ainsi. Il nous quitta d’une crise cardiaque, dans la nuit du 14 octobre 2006 et je n’avais pas eu le temps de lui dire combien je l’aimais… J’étais sous le choc, nous l’étions tous.
Quelques mois après son départ, nous enterrions sa mère, ma grand-mère qui ne s’était pas remise du départ anticipé de son fils. Comment avait-elle pu survivre à son enfant ? Elle n’était plus très jeune mais la pauvre, elle n’avait plus goût à la vie.
Un mois après, la grande faucheuse vint chercher également ma jeune cousine, terrassée par une hémorragie, suite à une leucémie foudroyante. Elle avait 21 ans.
Nous étions tous anéantis.
Puis, j’appris peu de temps après, qu’une amie d’une de mes cousines, une fille avec qui j’avais rigolé aussi, mourut d’une embolie en mettant au monde sa fille, à seulement 27 ans.
Je me sentais profondément mal. Un sentiment d’injustice, une profonde déchirure, une sourde colère doublée d’une douleur difficilement descriptible m’habitaient. Je n’en voyais pas le bout, mais pourquoi tout cela ne s’arrêtait-il pas enfin ?!
Tout s’écroulait autour de moi, j’étais anéantie par le chagrin. Ma vie ne valait rien. Mon boulot devint une prison. Mon couple se mit à vaciller. J’ai alors cru que ma renaissance viendrait d’une vraie cassure. Je voulais divorcer, tout quitter. Mon mari fut à son tour anéanti. Nous étions fin 2007 et plus rien n’avait de sens…
Je touchais le fond, pourtant petit à petit, je réussis à remonter. Mon mari s’est accroché, a beaucoup accepté, a pardonné, il m’aimait et nous avions une adorable petite fille qui ne comprenait pas la détresse des grands.