Rencontre avec les 3 étoiles de Michel Bras...
Je l’ai rêvé et enfin je l’ai fait. J’ai déjeuné hier chez Michel et Sébastien Bras, au Suquet, leur restaurant 3 étoiles, près de Laguiole, dans le nord Aveyron. Moi, l’aveyronnaise de cœur, je suis depuis quelques temps, le parcours exceptionnel de cet autodidacte qu’est Michel Bras et la poursuite de ce bel héritage par son fils Sébastien. Vous imaginez bien que j’avais un peu potassé mon sujet avant de m’y rendre : articles, interviews, vidéos, presque tout y est passé. Plus l’heure fatidique approchait, plus mon excitation était palpable… Je me suis apprêtée joliment mais sans trop de chichi, je voulais rester naturelle, avec un brin de fantaisie. Bien m’en a pris puisque son restaurant est à l’image de son maître : sobre et chic. Après avoir vaincu les derniers virages sinueux de la route de Laguiole, nous sommes arrivés mon mari et moi, aux portes d’un écrin, d’un joyau de la gastronomie française. Surplombant le plateau de l’Aubrac, nous sommes accueillis par une bâtisse moderne où se mêlent la force du marbre, la clarté du verre et la chaleur du bois. J’avais un nœud à l’estomac : était-ce la faim ou était-ce la peur de la déception ? Je ressentais le stress de toutes les premières fois… Je rentrais alors dans l’antre de l’élite de la cuisine française. Aussitôt, un contraste vous saute au visage, l’élégance et le luxe côtoient la simplicité et la convivialité du personnel. Je m’y sens bien. Nous avons de la chance, il fait une belle arrière saison et le paysage s’offrant à nous, du salon panoramique est tout juste magnifique. L’Aubrac s’apprête à revêtir son habit d’automne. Je suis émue par l’espace, le silence, la brise et cette nature si sereine. C’est beau, incomparable. Je comprends son amour pour ce pays qui l’a vu naître. Je m’assois dans le salon, je décide de prendre un jus de fruits rouges pour commencer, mon mari prend un alcool au sureau.
On nous apporte à chacun un œuf à la coque avec des mouillettes grillées au fromage , le début des festivités, un délice. Sur le plateau est glissé discrètement du papier calque sur lequel le chef décrit sa recette du bonheur, la classe. Je ne le vois pas, je ne le verrai pas mais il est là, on sent sa présente partout, j’en ai des frissons. Après avoir choisi le menu, nous passons côté salle-à-manger. Nous traversons un couloir un peu sombre et soudain, à droite, une porte vitrée automatique s’ouvre : la cuisine ! J’aperçois rapidement Sébastien Bras, la main sur la bouche, il fronce les sourcils, il réfléchit entouré de ses seconds. Ça fume, ça crépite, ça s’agite, ça se prépare mais pas un cri, c’est fou ! J’entends de l’eau, nous tournons à gauche, nous passons sur un mini pont en marbre, au-dessus d’un ruisselet artificiel jonché de galets et dans lequel sont disposés des soliflores, j’adore ! Nous assistons à tout un cérémonial du personnel, un ballet minutieusement orchestré par un chef qui s’efface pour ne mettre en avant que son art et le client, le nec plus ultra ! Les plats défilent : amuse-bouches, gargouillou de jeunes légumes (son grand classique : l’assiette ressemble à un tableau de maître. Que dis-je ? C’est un maître qui l’a composée mais comment la manger ? Malheureusement, j’avais oublié mon appareil photo…), poisson avec une croûte au sel et éclats de noisette, foie gras poêlé sur purée de pomme acidulée, pain de chou fleur aux olives et vinaigrette de truffe, carré d’agneau avec potimarron et éclats de Laguiole (le fromage),
les fromages de l’Aveyron, biscuit tiède de chocolat au cœur coulant de potimarron surmonté d’une glace au sésame, des myrtilles mêlées de parfum d’agrumes et pour finir des canailleries : billes chocolatées, glacées, canard (sucre trempé dans de la liqueur). Un feu d’artifice de couleurs, de senteurs, j’avais l’impression que mon palais, qui jusque-là était endormi, s’éveillait enfin aux goûts. Encore aujourd’hui, je ne connais pas de mots ni assez justes, ni assez forts pour vous décrire mon émerveillement de gamine. Quatre heures d’un spectacle magique, d’une parenthèse enchantée où les goûts sont restés suspendus à mes lèvres, une merveille ! L’expérience a certes un coût mais le rêve n’a pas prix et dorénavant, le plaisir de manger a pris un tout autre sens. Hier, j’ai flirté avec 3 étoiles : Michel, Sébastien et l’Aubrac…
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